Rédemption des peines par le travail
Contributor: Pérez del Pulgar, José Agustín (1875-1939)
Date Created: 1939-01
Type: Book
Extent: 1 item
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Pendant la Guerre Civile, Franco a commencé à envisager la mise en place d'un système permettant d’employer de manière productive les centaines de milliers de prisonniers politiques qui tombaient entre ses mains. En mars 1938, le dictateur sollicita l'aide du cardinal primat d'Espagne, Isidro Gomá. Celui-ci accepta volontiers et, avec l’accord du Vatican, mobilisa les ressources humaines et théologiques de l’Église. Outre plusieurs militants catholiques employés par le régime, comme le ministre de la Justice, le comte de Rodezno ou le directeur général des prisons Máximo Cuervo, la figure clé chargée de mener à bien le projet serait le jésuite José Agustín Pérez del Pulgar qui fut nommé directeur du Patronat de Rédemption des Peines par le Travail, créé le 7 octobre 1938.
L'idéologie du Patronat reposait sur les concepts religieux de châtiment et d'expiation nécessaire pour les crimes les dommages prétendument commis par les républicains lors de leur non moins supposée « rébellion », afin d’atteindre la rédemption et le pardon des péchés. En travaillant, les prisonniers politiques « récupérables » (les « récalcitrants » étaient exclus du programme) expieraient leurs fautes et, dans le même temps, finiraient par accepter la bonté et la justice du régime, c'est-à-dire qu’ils renieraient leurs erreurs passées. Franco a clairement indiqué que l’octroi d'amnisties constituerait une erreur et un crime de type libéral ; opinion à laquelle adhérait le père Pérez del Pulgar dans son ouvrage La solution apportée par l'Espagne au problème de ses prisonniers politiques, publié en janvier 1939, que l'on peut voir ici.
La principale mesure incitative proposée aux détenus était la suivante : pour chaque période de deux jours travaillés, un jour était déduit de leur peine. Ils étaient également rémunérés pour leur travail. Cependant, le salaire qui leur était versé était très faible. Dans l'après-guerre, un ouvrier libre gagnait environ dix pesetas par jour, mais les prisonniers participant au programme étaient en théorie payés deux pesetas, dont les trois quarts étaient retenus par l'entreprise pour couvrir les frais de subsistance. En réalité, les prisonniers célibataires recevaient en fait à peine cinquante centimes. Le salaire officiel des prisonniers mariés était de quatre pesetas, plus une peseta supplémentaire par enfant de moins de quinze ans.
Il s'agissait de salaires de misère, alors que les entreprises engrangeaient d'énormes profits grâce au travail des prisonniers politiques enrôlés dans le programme (environ 45 000 à la fin de l’année 1943). Parmi les entreprises spécialisées dans les travaux publics qui en ont le plus profité figuraient Banús, Dragados, Duro Felguera, Marroquín, Molán et San Román. Celles-ci ont réalisé certains des projets d'ingénierie les plus importants des premières années de la dictature, de la reconstruction des chemins de fer délabrés à la construction du Valle de los Caídos, en passant par le canal du Bas-Guadalquivir à Séville, populairement connu sous le nom de « canal des prisonniers ».






