Le visa d'A. A. McLeod
Creator: Government of Canada
Source:
Courtesy of Douglas Fulford
Date Created: 1939-01-12
Extent: 1 item
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Nos vies sont régies par les documents que nous portons sur nous ; permis, autorisations et cartes d'identité facilitent notre vie quotidienne.
En temps de guerre, cependant, ils peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Et cette simple page portant un tampon de visa dans le passeport d'Alex MacLeod a probablement sauvé la vie de 269 Mac-Paps (volontaires canadiens), qui, sans cela, auraient risqué d'être tués par les rebelles de Franco et l'indifférence du gouvernement canadien.
Personnalité communiste de premier plan de l’entre-deux-guerres, A.A. (Alex) MacLeod a dirigé les opérations d’aide humanitaire du Canada pendant la Guerre Civile espagnole. Il fut l'un des premiers Canadiens à se rendre en Espagne après la tentative de coup d'État ; il a collecté des fonds pour Norman Bethune et l'a fait sortir d'Espagne lorsque celui-ci s’était mis trop de monde à dos ; enfin, il a convaincu les Brigades internationales de créer un bataillon distinct, le bataillon Mackenzie-Papineau, pour les volontaires canadiens. On retrouve la marque de MacLeod dans pratiquement tous les aspects de l’engagement canadien dans ce conflit.
Ainsi, à la veille de la victoire de Franco, il était naturel que les partisans se tournent vers MacLeod pour sauver les derniers membres des Mac-Pap avant qu’ils ne se retrouvent pris au piège derrière les lignes rebelles. Il était toutefois confronté à deux problèmes. Le Parti communiste, qui avait envoyé la plupart d’entre eux en Espagne, n’avait pas d’argent pour payer leur voyage retour, et MacLeod ne pouvait pas se rendre en Espagne pour les aider. Le gouvernement canadien avait déclaré illégal le fait de combattre dans la Guerre Civile espagnole et apposait systématiquement sur les passeports la mention « Non valable pour l’Espagne ».
MacLeod a demandé au sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures, O.D. Skelton, une dérogation à cette loi. Skelton se montrait réticent, car il ne voulait pas créer un précédent qui exposerait le gouvernement canadien à des responsabilités financières pour le rapatriement des Mac-Paps. Il a changé d’avis après que les dirigeants du CCF (Cooperative Commonwealth Federation, parti politique fédéral) lui eurent fait valoir que le gouvernement canadien serait tenu pour responsable si les Mac-Paps étaient pris au piège et tués par les troupes de Franco. Il a donc recommandé au premier ministre Mackenzie King d'accorder à MacLeod le visa pour l'Espagne. « Le voyage de M. MacLeod, a déclaré Skelton, semble être le moyen le plus probable de résoudre ce qui pourrait être une situation embarrassante ».
Si le visa était indispensable, il n'était pas suffisant. MacLeod devait désormais recueillir les fonds nécessaires pour ramener les Mac-Paps chez eux. Et c’est ce qu’il fit, obtenant même 5000 $ du magnat canadien de l'alimentation Galen Weston. Le 14 janvier 1939, il s'envola pour Barcelone, la capitale de la République espagnole assiégée et en proie à des combats. Après avoir passé une semaine à rassembler les volontaires canadiens bloqués sur place, MacLeod et les Mac-Paps bravèrent les bombes et les bombardements des rebelles et montèrent à bord d'un train à destination de la France, deux jours seulement avant la chute de Barcelone.
Alors qu’il quittait Barcelone, MacLeod envoya un télégramme au Premier ministre canadien dans lequel il prédisait que « ... dans les prochains jours, les nations démocratiques devront choisir entre la liberté et la barbarie. Si la République espagnole est vaincue, la démocratie universelle subira un revers et les nations démocratiques devront se préparer à une guerre dont elles ont déjà perdu les premières batailles...”.
Les nations démocratiques n’ont pas eu à attendre longtemps la guerre que MacLeod avait prédite. Un peu plus de huit mois plus tard, Hitler envahissait la Pologne et la Seconde Guerre mondiale éclatait.
JM






