Musique dans les films sur la Guerre Civile espagnole
Creator: de Baños Martínez, Ricardo (1882-1939)
Contributor: Sindicato de la Industria del Espectáculo de Barcelona
Source:
Swedish Film Institute
Date Created: 1937
Type: Film
Extent: 1 item
59.32512, 18.07109
Le cinéma est bien plus qu’une simple succession d'images. Chacun des éléments qui composent l’œuvre audiovisuelle remplit des fonctions spécifiques, et la musique, de par son pouvoir de suggestion et sa force évocatrice, se distingue tout particulièrement. Le son et la musique permettent d'atteindre ce que les images ne parviennent pas toujours à atteindre: le domaine le plus sensible, les émotions humaines les plus profondes. Et c'est ainsi, dans une large mesure, que la musique a été utilisée dans les films produits pendant la Guerre Civile espagnole.
Malgré les disparités dans la production cinématographique (celle de la République était bien plus abondante et diversifiée), on peut dégager des caractéristiques générales qui définissent et distinguent la musique des films réalisés par les camps adverses.
Du côté républicain, dont la production était principalement documentaire et propagandiste, la musique joue un rôle fondamental sur le plan idéologique. À cette fin, on utilise des versions instrumentales d’hymnes populaires de l’époque, tels que L'Internationale, l’Hymne de Riego ou les hymnes anarchistes Fils du Peuple et Aux Barricades.
Et c’est précisément dans les films anarchistes que l’on accorde le plus d'attention à la bande sonore. Même dans le cas de films qui ne disposent pas d’une bande originale, on peut observer un travail d'identification sociale à travers la musique, comme c’est le cas dans les films La Dernière Minute ou Et toi, que fais-tu?. Ici, la classe ouvrière est associée à la musique symphonique tandis que la classe supérieure est liée au foxtrot et au tango. On établit ainsi un parallèle entre ces genres musicaux et l'attitude des bourgeois, essentiellement tournée vers les loisirs et indifférente à l’engagement social. Dans cet extrait vidéo, on peut observer l'utilisation de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák dans le film Et toi, que fais-tu?, accompagnée d'images du protagoniste quittant ses enfants pour partir à la guerre, soulignant ainsi sa détermination et sa droiture morale.
La musique utilisée dans les films franquistes présentait des caractéristiques tout à fait opposées. La propagande reposait sur la narration et, dans les documentaires, la musique passait au second plan, ne servant que de soutien à l'image et au discours. Cependant, dans les films de fiction, et en particulier ceux produits par la société allemande Hispano Film Produktion dont les thèmes s'éloignent du thème direct de la guerre, il n'y eut pas de rupture avec le cinéma républicain antérieur. Des chansons populaires interprétées par des artistes folkloriques célèbres, telles que Soupirs d’Espagne, un pasodoble chanté par Estrellita Castro dans le film du même titre, continuaient d’être utilisées pour évoquer un sentiment d’identité espagnole à travers une nostalgie sonore.
La composition musicale des films produits pendant la guerre a réuni des compositeurs d'origines et de styles divers. Certains d'entre eux, comme le Français Darius Milhaud, Font de Anta ou Rodolfo Halffter, n’ont composé pour le cinéma qu’à titre occasionnel, tandis que d'autres, tels que Joan Dotràs Vilas, Jaume Mestres ou Conrado Bernat, ont été cités à de nombreuses reprises en tant que compositeurs de musique de film. Tous avaient en commun leur lien avec le contexte de guerre et la nécessité d'illustrer le conflit par la musique, en faisant appel à la dimension affective des spectateurs et en contribuant à façonner l'expérience émotionnelle du conflit à l'écran.
LLG






