L’exode d’un peuple
Creator: Llech, Louis (1888-1961)
Date Created: 1939-02
Type: Documentary films
Extent: 1 item
249, 314
Après la chute de Barcelone le 26 janvier 1939, débuta « La Retirada », une fuite massive des restes de l'armée républicaine et de la population civile vers la France. Des photographes, des journalistes et des caméramans, pour la plupart français mais aussi internationaux, attendaient l’arrivée massive de cette marée humaine aux points de passage frontaliers. Conscients que la fin de la guerre était imminente, ils filmèrent le désarmement des soldats, l'abandon des biens, du bétail et d'autres propriétés, la longue attente à la frontière des malades, des femmes et des enfants, ainsi que d'autres personnes qui traversaient les routes enneigées des Pyrénées. Les caméras professionnelles de 35 mm ont filmé tout cela depuis des positions privilégiées et les actualités de Pathé, Éclair et Gaumont ont monté des scènes qui ont ému le monde grâce au ton pathétique de la voix du narrateur, à un montage court et efficace et à la création de certaines des images les plus marquantes de cette crise humanitaire.
Face à ce traitement professionnel (compression en images puissantes et techniquement réussies, bon éclairage, langage émouvant, sonorisation musicale), un cinéaste amateur de Perpignan a tourné et monté de manière artisanale un film de 28 minutes pendant la même période et sur le même thème. Le commerçant Louis Llech, équipé de sa caméra Paillard Bolex 16 mm, dotée de trois objectifs, était ce cinéaste.
Le regard de Llech diffère de celui des professionnels de l’information sur certains points essentiels. Tout d'abord, Llech se plonge parmi les protagonistes de cette procession chaotique de civils, gendarmes et soldats, qui circulent, au lieu de les observer à distance. Ensuite, il construit un tableau quasi simultané des actions, aussi chaotique que devait être l'expérience vécue au cours de ces semaines. Ce n'est pas un hasard si cette chronique sans véritable chronologie porte le sous-titre « Février 1939 ». Troisièmement, la caméra, à hauteur des gens, se déplace avec légèreté, en raison de son faible poids, recherchant des détails non perçus au premier abord, d'autres qui surgissent de manière imprévue. Quatrièmement, la présence du caméraman est si visible que de nombreux regards le révèlent dans l'œil du cyclone, avec curiosité, mais aussi confondu avec la foule. Llech introduit une segmentation au moyen d'affiches qui permettent d'identifier les lieux (Le Perthus, camp de réfugiés au Boulou), les matériels (camions et canons antiaériens), les protagonistes (Brigades internationales, camps d’internement), les situations (d’un consulat espagnol pour les aider).
En résumé, L’exode d’un peuple se présente comme un film intimiste, très humain et impliqué auprès des personnages, qui contribue à une chronique vue d’en bas. Sa conclusion sur les camps d’internement filmés de l'extérieur alors que certains sont déjà entourés de barbelés montre que son axe central était ce mois de février dramatique de 1939, lorsque le drame des réfugiés, de l'exil et des camps annonçait la fin.
VSB






