Salut l’Espagne ! Numéro spécial d’un journal théâtral
Creator: Afinogenov, Aleksandr (1904-1941)
Contributor: Radlov, Sergei (1892-1958)
Source:
Saint Petersburg State Theatre Library
Date Created: 1936-11
Type: Newspaper
Extent: 1 item
59.9343, 30.3351
Fin novembre 1936, alors que Madrid était assiégée, le Théâtre académique d'État de Léningrad créa Салют, Испания ! (Salut l'Espagne !), une nouvelle pièce d'Alexandre Afinoguenov inspirée des événements des premiers mois de la guerre, qu'il avait écrite en seulement deux semaines, transformant l'actualité en drame scénique centré sur la cause républicaine. Salut l'Espagne ! compta parmi les premières réponses artistiques soviétiques à la Guerre Civile espagnole. La production réunit plusieurs figures de proue du théâtre soviétique. Elle fut mise en scène par Sergueï Radlov et Nikolaï Petrov, avec des décors signés Akimov et une musique originale de Dmitri Chostakovitch.
Le compositeur avait récemment fait l'objet de critiques officielles à la suite de la publication d'un éditorial de la Pravda condamnant son opéra « Lady Macbeth de Mtsensk ». À une époque où le réalisme socialiste s’imposait comme doctrine artistique dominante en Union soviétique, on attendait de plus en plus des compositeurs et des dramaturges qu'ils produisent des œuvres politiquement engagées, accessibles et capables à la fois d'éduquer et de divertir le public. Travailler sur une pièce ouvertement antifasciste intervenait donc à un moment crucial de la carrière de Chostakovitch. Bien que la musique de scène ait rapidement disparu du répertoire théâtral, les manuscrits qui nous sont parvenus conservent une partition complète de marches, de fanfares, de chants et d'intermèdes orchestraux écrits pour accompagner l'action sur scène.
La pièce met en scène une vaste galerie de personnages, ouvriers, paysans, miliciens, journalistes, soldats et civils, reflétant ainsi l'héroïsme collectif prôné par le théâtre soviétique au cours des années 1930. Ses premières scènes établissent un parallèle direct entre la Guerre Civile espagnole et la Guerre Civile russe qui l’avait précédée, à travers l’apparition d’un émigré russe blanc combattant aux côtés de Franco, suggérant ainsi que les ennemis vaincus par les bolcheviks avaient refait surface en Espagne.
Des personnages historiques côtoient des personnages de fiction. Dolores Ibárruri, « La Pasionaria », clôt la pièce par un discours appelant le peuple espagnol à résister au fascisme et présentant sa lutte comme un exemple pour les travailleurs du monde entier. L'un des fils conducteurs de l’intrigue suit une mère âgée qui envoie ses trois filles défendre la République, incarnant ainsi les sacrifices exigés des Espagnols ordinaires pendant la guerre. Bien que des personnages tels que le pilote José et l'anarchiste Enrico se voient attribuer des rôles individuels, la pièce présente systématiquement le peuple espagnol, plutôt que des individus héroïques, comme son protagoniste principal.
Publié à l'occasion de la première de « Salut l'Espagne ! », ce numéro spécial d'une journée édité par le Théâtre académique d’art dramatique d'État de Léningrad illustre comment cette production s’inscrivait dans une campagne plus large de solidarité soviétique avec l'Espagne républicaine. Loin de se limiter à une simple publicité pour la pièce, ses pages rassemblent un appel de José Díaz, secrétaire général du Parti communiste espagnol, un message de solidarité du théâtre adressé au peuple espagnol, des articles en réponse aux événements en Espagne, ainsi que des illustrations soutenant la cause républicaine. À côté de ces textes politiques figurent des photographies des répétitions, des portraits de l'équipe artistique, des essais de Sergueï Radlov, Nikolai Petrov et Nikolaï Akimov, ainsi que des analyses sur la conception artistique de la production, présentant la réponse du théâtre aux événements contemporains comme une entreprise à la fois culturelle et politique.
Conservé dans les collections de la Bibliothèque nationale du théâtre de Saint-Pétersbourg, ce journal montre comment le théâtre soviétique a mobilisé divers moyens d’expression artistique en réaction à la Guerre Civile espagnole. Déclarations politiques, journalisme, photographie, conception graphique, scénographie et musique sont réunis au sein d’une même publication, qui rend compte non seulement de la création de « Salut l'Espagne ! », mais aussi de la manière dont le conflit a été interprété et présenté au public soviétique. Comptant parmi les rares documents encore existants produits spécialement pour la première, il révèle à quelle vitesse la Guerre Civile espagnole a fait son entrée dans la vie culturelle soviétique et comment les institutions théâtrales ont contribué à façonner l'engagement du public face à un conflit international.
SGF






